Gaspillage alimentaire au Sénégal : le marché Sandika expérimente la valorisation des déchets en biogaz
A l’occasion de la Journée internationale zéro déchet 2026, célébrée au marché Sandika de Pikine, les acteurs publics et partenaires techniques ont mis en lumière une réalité souvent sous-estimée : le gaspillage alimentaire n’est pas seulement un problème environnemental, mais aussi une inefficience économique majeure.
L’événement s’est tenu en présence de Marie Khone Faye, de l’Ambassade de la République de Türkiye, ainsi que de plusieurs institutions et organisations engagées dans la gestion durable des déchets, dont ONU Sénégal, ONU-Habitat Sénégal, Enda Energie, le Programme national de Biogaz du Sénégal, Afrique Biogaz Environnement et la Zero Waste Foundation.
Un coût économique et environnemental considérable
Les chiffres présentés à cette occasion sont édifiants : près d’un tiers des aliments produits dans le monde est perdu ou gaspillé, contribuant à hauteur de 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En Afrique subsaharienne, les pertes atteignent jusqu’à 37 %.
Au Sénégal, chaque habitant génère environ 77 kg de déchets alimentaires par an, soit plus de 1,3 million de tonnes à l’échelle nationale.
Pour SONAGED S.A, en charge de la gestion des déchets, ces volumes représentent un défi quotidien. Au marché Sandika, entre 25 et 40 % des fruits peuvent être perdus, principalement en raison de conditions de stockage inadéquates. Non triés, ces biodéchets finissent en décharge, générant du méthane et augmentant les coûts de gestion.
Agir en amont pour réduire les pertes
Les acteurs présents ont insisté sur la ضرورة d’intervenir en amont de la chaîne. Une grande partie des pertes observées est liée à l’absence d’infrastructures adaptées, notamment les chaînes de froid, les systèmes de stockage et les conditions de transport.
Des solutions simples, telles que les chambres froides, la conservation solaire ou l’amélioration de la manutention, pourraient réduire significativement les pertes avant qu’elles ne deviennent des déchets.
Transformer les déchets en ressources
En aval, ces déchets représentent une véritable opportunité économique. Leur valorisation en biogaz ou en compost permet non seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de créer de la valeur locale et d’ouvrir des perspectives en matière de crédits carbone.
« Le véritable enjeu est une meilleure organisation des flux. Tant que les biodéchets ne seront pas triés et valorisés, nous continuerons à perdre de la valeur », ont souligné les intervenants.
Une plateforme pilote pour montrer la voie
Dans cette dynamique, une plateforme pilote de biodigestion a été installée au marché Sandika. Alimentée par les déchets organiques du site, elle permet de produire du biogaz et du fertilisant, démontrant concrètement le potentiel de valorisation de ces flux.
Au-delà de son rôle expérimental, cette initiative vise à structurer des pratiques durables au sein du marché. L’enjeu désormais est son appropriation par les acteurs locaux, avec un suivi dans la durée et une possible réplication dans d’autres marchés du pays.
Vers un changement de paradigme
Cette initiative illustre une approche intégrée de la gestion des déchets, où le gaspillage alimentaire est envisagé non plus comme une fatalité, mais comme une ressource à valoriser.
Dans un contexte de transition écologique et de pression croissante sur les ressources, le marché Sandika pourrait ainsi devenir un modèle de gestion durable, à l’échelle du Sénégal et au-delà.