Assainissement : le Sénégal mise sur une approche programmatique et des financements innovants
Dakar accueille un atelier stratégique sur l’avenir du secteur de l’assainissement
Le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement a procédé à la clôture de l’atelier de lancement de la mission d’identification pour l’application de l’approche programmatique dans le secteur de l’assainissement au Sénégal. Cette initiative est portée par la Facilité africaine de l’eau de la Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec la Fondation Bill & Melinda Gates.
Prenant la parole devant les partenaires techniques et financiers, les collectivités territoriales, les acteurs du secteur privé et les organisations de la société civile, le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, a souligné l’importance stratégique de cette rencontre dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et la pression croissante sur les infrastructures urbaines.
« L’assainissement n’est plus aujourd’hui une simple question d’infrastructure. C’est une question de dignité humaine, de santé publique, de sécurité hydrique et de souveraineté économique », a déclaré le ministre.
Une priorité pour les nouvelles autorités
Selon Cheikh Tidiane Dièye, les nouvelles autorités ont fait du secteur de l’eau et de l’assainissement une priorité nationale dans le cadre de la Vision Sénégal 2050.
« L’eau est devenue dans notre pays une priorité indiscutable et incontestable pour le gouvernement. Ce n’est pas une formule de circonstance, mais un engagement politique fort traduit en réformes structurantes », a-t-il affirmé.
Le ministre a annoncé plusieurs réformes majeures, notamment :
- la modernisation du sous-secteur de l’assainissement ;
- la révision du cadre juridique avec un nouveau Code de l’assainissement ;
- le renforcement institutionnel et financier de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS).
L’économie circulaire au cœur de la stratégie
Le ministre a également insisté sur la valorisation économique des déchets issus du secteur.
« Les déchets liquides, les boues de vidange et les eaux usées traitées ne sont pas seulement des résidus à éliminer, mais des ressources à valoriser, génératrices d’emplois et d’opportunités économiques », a expliqué Cheikh Tidiane Dièye.
Dans cette dynamique, le gouvernement compte mobiliser plusieurs mécanismes innovants de financement, parmi lesquels :
- la finance climatique ;
- le Fonds vert pour le climat ;
- les fonds d’adaptation ;
- la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ;
- ainsi que le futur « Fonds Bleu » destiné à soutenir durablement les investissements du secteur.
Le ministre a également évoqué l’ambition du Sénégal de lancer à terme des « obligations bleues souveraines » pour mobiliser l’épargne nationale et internationale au profit de la sécurité hydrique et de l’assainissement.
Un appel fort au secteur privé
Face aux défis du secteur, le ministre a lancé un appel au secteur privé national et international afin d’accompagner les ambitions de l’État.
« Notre ambition ne se réalisera pas sans le secteur privé. Le gouvernement vous tend la main et vous invite à prendre toute votre place dans cette belle aventure », a-t-il déclaré.
Cheikh Tidiane Dièye a salué le travail de plusieurs entreprises sénégalaises spécialisées dans l’assainissement, notamment Delvic, Vicas, Delgas et GEAUR, qu’il considère comme des « champions nationaux » du secteur.
La BAD réaffirme son engagement aux côtés du Sénégal
Le représentant résident de la Banque africaine de développement au Sénégal a, pour sa part, salué « l’engagement constant du gouvernement du Sénégal » en faveur de l’accès des populations à des services d’eau et d’assainissement « inclusifs, résilients et de qualité ».
Selon lui, la Facilité africaine de l’eau a conduit une étude diagnostique dans douze pays africains, dont le Sénégal, afin d’identifier les principaux défis structurels du secteur.
« Cette étude a permis d’établir un état des lieux rigoureux du secteur et de mettre en lumière les priorités d’intervention indispensables pour accélérer l’accès des populations à des services d’assainissement durables et inclusifs », a indiqué le représentant de la BAD.
Il a également souligné que cette démarche permettra de construire un portefeuille de projets structurants et de renforcer la coordination entre les différents partenaires techniques et financiers intervenant dans le secteur de l’eau et de l’assainissement au Sénégal.
Vers une meilleure planification des investissements
Au terme de l’atelier, les participants ont insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination des interventions et d’une planification plus cohérente des investissements afin de répondre durablement aux besoins des populations.
Les autorités sénégalaises et leurs partenaires ambitionnent ainsi de faire de cette approche programmatique un outil central pour accélérer la modernisation du secteur de l’assainissement et renforcer la résilience des villes face aux défis climatiques.