Ndjaména, 24 avril 2026 – Réunis dans la capitale tchadienne à l’occasion du Forum régional sur les prévisions saisonnières (PRESASS 2026), les experts climatiques d’Afrique de l’Ouest et du Sahel ont livré leurs projections pour la prochaine saison des pluies. Le constat est clair : une saison globalement contrastée, avec des excédents attendus dans certaines zones et des déficits dans d’autres, accompagnés de risques climatiques importants.
Une saison pluviométrique inégale selon les zones
Selon les conclusions du forum, organisé du 20 au 24 avril par le Centre régional AGRHYMET, les cumuls pluviométriques devraient être excédentaires à moyens dans le Sahel Centre et Est, notamment au Niger, au Tchad et dans certaines parties du Burkina Faso.
En revanche, des déficits à des niveaux proches de la normale sont attendus dans le Sahel Ouest et la zone soudanienne, incluant le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, ainsi que certaines zones côtières du Golfe de Guinée.
Cette répartition hétérogène devrait influencer fortement les activités agricoles et pastorales dans la région.
Des débuts de saison variables
Les prévisions indiquent des démarrages de saison normaux à précoces dans le Sahel Centre et Est, favorables aux semis précoces.
À l’inverse, le Sahel Ouest pourrait connaître des débuts de saison tardifs, notamment au Sénégal, en Mauritanie et au Mali, avec des impacts potentiels sur les calendriers agricoles.
Des séquences sèches persistantes
Autre fait marquant : la persistance de séquences sèches longues à moyennes, aussi bien en début qu’en cours de saison, sur une grande partie de la bande sahélienne et soudanienne.
Ces épisodes pourraient compromettre la croissance des cultures et accentuer les risques de stress hydrique, notamment dans les zones déjà déficitaires.
Risques d’inondations et de catastrophes
Dans les zones excédentaires, les experts alertent sur des risques élevés d’inondations, de débordements de cours d’eau et de ruissellements destructeurs.
Les bassins du Logone et de la Komadougou Yobé pourraient notamment enregistrer des écoulements excédentaires, augmentant les risques pour les populations et les infrastructures.
Ces situations pourraient entraîner :
- des pertes agricoles importantes,
- des destructions d’infrastructures,
- des déplacements de populations,
- et une dégradation des conditions sanitaires.
Menaces sanitaires et alimentaires
Les conditions climatiques prévues pourraient également favoriser :
- la propagation de maladies hydriques comme le choléra,
- la recrudescence du paludisme et de la dengue,
- ainsi que la prolifération de ravageurs agricoles, dont le criquet pèlerin.
Dans les zones déficitaires, les experts redoutent une aggravation de l’insécurité alimentaire, liée à la baisse des rendements, à la perturbation des calendriers agricoles et à la prolongation de la période de soudure.
Des risques de tensions sociales
La combinaison des aléas climatiques, de la pauvreté et de l’insécurité pourrait accentuer :
- les conflits entre agriculteurs et éleveurs,
- les tensions autour des ressources naturelles,
- et les migrations forcées.
Des recommandations pour anticiper
Face à ces risques, le forum PRESASS 2026 appelle à :
- renforcer les systèmes d’alerte précoce,
- améliorer la gestion des infrastructures hydrauliques,
- promouvoir des pratiques agricoles adaptées au climat,
- sensibiliser les populations exposées,
- et renforcer la coordination entre services météorologiques, hydrologiques et sanitaires.
Les experts insistent également sur la nécessité d’investir dans des solutions durables, comme la gestion intégrée de l’eau, les techniques climato-intelligentes et les assurances agricoles.
Une saison sous haute surveillance
Si certaines zones pourraient tirer profit d’une pluviométrie favorable, la saison des pluies 2026 s’annonce globalement à haut risque, nécessitant une vigilance accrue des autorités, des producteurs et des communautés.
Dans un contexte de changement climatique et de vulnérabilité accrue des populations sahéliennes, ces prévisions apparaissent comme un outil stratégique pour anticiper et limiter les impacts d’une saison qui s’annonce décisive.