Réforme de l’assainissement urbain : le Sénégal engage une transformation majeure du service public

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Le Sénégal s’engage dans une réforme de grande envergure pour moderniser la gestion de l’assainissement dans les zones urbaines et périurbaines. Face à l’urbanisation rapide, aux pressions démographiques et aux défis du changement climatique, l’État veut mettre en place un nouveau modèle plus performant, durable et transparent, fondé sur un partenariat public-privé (PPP) renforcé.

Un secteur sous pression malgré les progrès réalisés

Si le pays a atteint dès 2013 les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en matière d’accès à l’eau potable, celui de l’assainissement reste en retard. Moins de 5 % des eaux usées collectées sont traitées conformément aux normes nationales, un déficit qui expose les populations à des risques sanitaires et environnementaux.

Le financement demeure également un maillon faible : la redevance d’assainissement prélevée sur les factures d’eau ne couvre pas les besoins d’exploitation de l’ONAS, rendant difficile la maintenance d’infrastructures vieillissantes (réseaux, stations d’épuration, ouvrages de drainage).

Une réforme structurelle pour moderniser le service

L’État ambitionne de mettre en place un modèle de gestion plus efficace grâce à une délégation de service public confiée à un opérateur privé, tout en maintenant la maîtrise d’ouvrage publique. Cette réforme s’inscrit dans la continuité du processus enclenché depuis 1995 avec la restructuration du secteur de l’eau.

Appuyée notamment par la Banque mondiale, l’AFD et la Fondation Bill & Melinda Gates, la feuille de route prévoit 20 actions phares structurées autour de quatre axes :

  • Gestion et développement du patrimoine

  • Performance opérationnelle et environnementale

  • Viabilité financière du secteur

  • Cadre institutionnel, partenariats et capital humain

Des actions prioritaires déjà engagées

Parmi les mesures les plus stratégiques :

  • Une étude de modélisation financière et institutionnelle (190 millions FCFA) pour calibrer le futur contrat de délégation.

  • L’inventaire exhaustif du patrimoine de l’ONAS, accompagné d’une mise à jour du SIG et de la GMAO, estimé à 400 millions FCFA.

  • La révision de la Stratégie nationale d’assainissement, intégrant les enjeux de réutilisation des eaux usées (REUSE), des eaux pluviales et du bas carbone.

  • La refonte du cadre juridique, dont la mise à jour de la norme NS 05 061 sur les rejets d’eaux usées domestiques.

À cela s’ajoutent des études sur la tarification, la gestion décentralisée des eaux pluviales, l’évaluation environnementale stratégique ainsi qu’une mission de benchmarking dans plusieurs pays africains et européens.

Un modèle aligné avec la Vision Sénégal 2050

La réforme est en phase avec les orientations stratégiques du référentiel Sénégal 2050, notamment :

  • la gouvernance publique rénovée,

  • l’équité sociale,

  • la transition écologique,

  • la création de valeur économique via la filière assainissement.

Le projet prévoit également de fortes retombées en termes d’emplois, de professionnalisation du secteur et de développement d’une économie circulaire basée sur la valorisation des eaux usées et des boues.

Un financement global de 2,84 milliards FCFA

Le coût de mise en œuvre des études et actions d’accompagnement est estimé à 2,84 milliards FCFA. Son financement est porté par plusieurs programmes nationaux et internationaux, dont le PROGEP 2, le PISEA et SANGOV.

Un processus participatif pour garantir l’adhésion

La réussite de la réforme repose sur l’implication de tous les acteurs : institutions publiques, collectivités territoriales, secteur privé, partenaires techniques et financiers, société civile et usagers. Des comités de pilotage et ateliers de concertation jalonneront l’ensemble du processus.

Une opportunité historique

Pour le gouvernement, cette réforme marque une étape décisive vers un service public performant, équitable et durable. Elle ambitionne non seulement d’améliorer l’accès et la qualité du service pour les populations, mais aussi de renforcer la résilience des villes face aux inondations et aux pressions environnementales.

https://youtu.be/p-c1AApLV9U

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