Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement, Pedro Arrojo Agudo a livré une intervention très remarquée.
« Imaginez un monde sans Organisation mondiale de la santé, où ce serait le lobby pharmaceutique qui convoquerait tous les trois ans des conférences pour décider de la santé mondiale, du Covid et des pandémies. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui pour l’eau. »
Selon lui, l’absence d’une véritable institution onusienne dédiée à l’eau et à l’assainissement a laissé le champ libre aux intérêts privés pour structurer la gouvernance mondiale de ce secteur vital.
« La Conférence de l’ONU sur l’eau de 2023, malgré ses limites, et celle prévue en 2026 placent désormais les Nations Unies devant leur responsabilité : assumer pleinement leur rôle de garant des droits humains. »
Pedro Arrojo Agudo plaide pour l’institutionnalisation des conférences sur l’eau sous l’autorité des Nations Unies, fondées sur une approche de droits humains et une participation sociale massive, en particulier celle des « titulaires de droits » : les populations privées d’eau et souvent réprimées lorsqu’elles la revendiquent.
« L’eau est gérée localement. Il est donc indispensable de convoquer les communautés, les réseaux de gestion communautaire et les municipalités, aujourd’hui largement exclues des espaces internationaux de décision. »
Avec de nombreuses organisations à travers le monde, il soutient la création de la Plateforme sociale pour l’eau, destinée à fédérer peuples autochtones, mouvements contre la privatisation, réseaux interreligieux, ONG et collectivités locales autour d’un même objectif : faire de l’eau un droit effectif, et non une marchandise.
« Au final, ce sont les gouvernements qui décident. Mais avant de décider, ils doivent écouter. »