Conférence ONU Eau 2026 : la société civile alerte sur une crise mondiale de l’eau devenue systémique
Dakar – À l’approche de la Conférence des Nations Unies sur l’Eau de 2026, les organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme. Retard critique dans l’atteinte de l’Objectif de développement durable n°6 (ODD 6), stress hydrique généralisé, sous-financement chronique du secteur WASH et gouvernance mondiale fragmentée : les constats sont unanimes et appellent à une réponse collective urgente, ambitieuse et contraignante.
Un retard alarmant sur l’ODD 6
Pour Aziz Faye, représentant de la société civile Eau & Assainissement (POSCEAS), le diagnostic est sans appel : dix ans après l’adoption de l’Agenda 2030, le monde est très loin d’atteindre l’ODD 6, qui vise à garantir l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement.
Selon le Rapport des Nations Unies sur les ODD 2025, près de 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. 3,4 milliards sont privées de services d’assainissement sûrs et 1,7 milliard ne disposent pas de services d’hygiène de base à domicile. À cela s’ajoute un traitement sécurisé limité à 56 % des eaux usées domestiques à l’échelle mondiale.
Une pression croissante sur les ressources en eau
La situation est aggravée par une pression sans précédent sur la ressource hydrique. Plus de 10 % de la population mondiale vit aujourd’hui sous un stress hydrique élevé ou critique. Des régions entières, notamment en Afrique du Nord, en Asie de l’Ouest, en Asie centrale et du Sud, dépassent le seuil de 75 % de stress hydrique.
Par ailleurs, un pays sur deux signale une dégradation avancée de ses écosystèmes d’eau douce, tandis que les mécanismes de coopération transfrontalière demeurent largement insuffisants. Au rythme actuel, préviennent les experts, la gestion durable de l’eau ne pourrait être atteinte qu’à l’horizon 2049.
Une crise aux impacts systémiques
L’échec de l’ODD 6 menace l’ensemble de l’Agenda 2030. Résilience climatique, sécurité alimentaire, santé publique, égalité de genre, biodiversité, stabilité sociale et économique : aucun secteur n’est épargné. Pour la société civile, la crise de l’eau et de l’assainissement n’est plus sectorielle, mais profondément systémique.
L’urgence humanitaire au cœur des préoccupations
Du point de vue humanitaire, Marie-Sara Bouloumou, de Secours Islamique France, souligne une situation devenue critique. En 2025, 173 millions de personnes avaient besoin de services WASH humanitaires, dont 83 millions en situation de besoin absolu en contexte de crise.
L’ONU parle désormais de « faillite hydrique », un changement de terminologie révélateur de la gravité de la situation. Pourtant, le secteur WASH reste structurellement sous-financé : sur un besoin estimé à 4 milliards de dollars par an, seuls 30 % sont couverts, un taux tombé à 17 % en 2025 à la suite des coupes budgétaires internationales.
Les femmes et les filles demeurent les premières victimes de cette crise, exposées à des vulnérabilités multiples dans les contextes de conflit, de déplacement ou de catastrophes naturelles.
Pour une réponse plus anticipative et intégrée
Face à cette urgence, les acteurs humanitaires plaident pour une meilleure anticipation des crises, un renforcement des réponses WASH et une réduction de la frontière entre l’humanitaire et le développement afin de bâtir une résilience durable. Un appel est également lancé au Sénégal pour rejoindre le Call to Action de la WASH Roadmap, déjà soutenu par plusieurs États.
La voix des citoyens au cœur de la gouvernance mondiale de l’eau
Pour Coline Arnoux, de la coalition internationale « L’Effet Papillon », qui regroupe plus de 150 organisations de la société civile sur les cinq continents, les solutions existent. Le véritable obstacle reste l’absence d’une volonté politique claire, forte et durable.
La coalition plaide pour que l’eau devienne une priorité politique mondiale, au même titre que le climat ou la santé. Elle dénonce une gouvernance mondiale de l’eau fragmentée et peu efficace, et appelle à une participation institutionnalisée de la société civile et des jeunes dans les espaces décisionnels.
Parmi les revendications majeures figurent l’inclusion d’un représentant de la société civile et d’un représentant de la jeunesse dans chacun des six dialogues interactifs de la Conférence ONU Eau 2026, ainsi que l’adoption de résultats plus contraignants, au-delà de simples engagements volontaires.
L’eau, test de crédibilité du multilatéralisme
En conclusion, les organisations sont unanimes : l’eau est un test de crédibilité du multilatéralisme. Sans redevabilité, inclusion et co-construction, les engagements internationaux resteront sans impact réel sur le terrain.
À l’heure des échéances décisives pour l’Agenda 2030, le message est clair : le temps des déclarations est révolu, place à l’action collective.