Lac Rose : la colère explose à Niague, six arrestations et un silence d’État qui interroge

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Niague, Tivaouane Peulh-Niague : La commune de Niague a connu une nouvelle journée de tensions ce mercredi, après l’apparition de bulldozers dans les dunes de Sall, derrière le Lac Rose, sur le site du projet « Ville Verte » de Casa Orascom. Les engins étaient en train d’arracher des filaos, confirmant selon les populations locales le démarrage effectif des travaux. La mobilisation spontanée des habitants a rapidement tourné à l’affrontement : gaz lacrymogènes, barricades, routes bloquées et heurts jusqu’en milieu de journée.

Six personnes interpellées, dont une figure politique locale

À la fin de la matinée, six personnes avaient été arrêtées par la gendarmerie de Niague : le Dr Amath Wade, personnalité politique très suivie dans la zone, ainsi que Lamine Dieng, Sakho Dieng, Khadim Seck, Fallou Galass Seck et Baba Guèye dit Marigot. Les faits qui leur sont reprochés n’ont pas encore été communiqués, mais les habitants réclament leur libération immédiate, dénonçant une répression « injuste » contre ceux qui protègent leur cadre de vie.

Un projet perçu comme une menace pour l’écosystème et l’économie du Lac Rose

La contestation ne date pas d’hier. Les populations de Niague voient dans le projet Casa Orascom une menace directe pour l’équilibre du Lac Rose, son couvert végétal, ses dunes et l’activité économique de milliers de femmes et de jeunes. Le déracinement des filaos observé ce mercredi réactive leurs inquiétudes, dans un contexte où ils affirment ne jamais avoir été consultés.

La lettre interrompue du Dr Amath Wade galvanise les habitants

Depuis sa garde à vue, le Dr Amath Wade a transmis un message dans lequel il justifie son opposition :

« Je suis retenu à la gendarmerie de Niague après avoir défendu notre patrimoine commun. Les travaux annoncés vont détruire des milliers de filaos et transformer nos dunes en lotissements. Le Lac Rose n’est pas un décor : c’est notre vie, notre histoire, notre avenir. »

La lettre, arrêtée brutalement au moment de son interpellation, circule massivement sur les réseaux sociaux et renforce la mobilisation.

Un village en colère et un climat politique fragilisé

Devant la brigade, la foule n’a pas désempli de la journée. Des jeunes affirment qu’ils « ne reculeront pas d’un pas » pour protéger leur patrimoine naturel.
Cette crise révèle aussi un malaise politique profond. Niague est l’une des localités qui ont largement contribué aux victoires électorales du régime actuel. Aujourd’hui, ses habitants s’interrogent : pourquoi un silence total de l’État alors que la situation se dégrade ?

Le maire de Tivaouane Peulh-Niague, Papis Diop, et le député Youngaré Dione soutiennent tous deux le projet contesté. Leur absence sur le terrain est fortement critiquée.

Appels urgents à une médiation et à un arrêt des travaux

El Hadji Cissé, président du mouvement “Manco Ci Deugg”, appelle l’État à intervenir pour apaiser :

« Nous demandons la libération du Dr Wade et des autres détenus. Le projet ne doit en aucun cas devenir source de conflit. Nous exigeons une concertation transparente entre l’État, Orascom et les populations. »

Un test pour la gouvernance du régime

En laissant perdurer la tension, le gouvernement prend le risque d’une fracture dans une zone jusque-là favorable.
La crise du Lac Rose devient ainsi un test majeur pour la promesse de rupture, de dialogue et de justice environnementale portée par les autorités. Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a été enregistrée, et la colère continue de gronder à Niague.

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