Inondations et crue des fleuves : l’expert Amadou Fall Diop alerte sur l’urgence de plans de contingence
La ville de Touba a enregistré, dans la nuit de samedi à dimanche, une pluie exceptionnelle de 140 mm, plongeant plusieurs quartiers dans les eaux à quelques jours seulement du Grand Magal. Une situation dramatique qui relance le débat sur l’absence de plans de contingence pour prévenir et gérer les catastrophes liées aux inondations et aux crues.
Des quartiers de Touba submergés
Nguiranéne, Keur Niang, Ndamatou, Darou Marnane, Darou Khoudoss et Ndame figurent parmi les zones les plus touchées. Les habitants peinent à circuler, les maisons sont envahies par les eaux et certaines familles, à la veille du Magal, ont dû quitter leur domicile.
« Plusieurs années que nous alertons sur la nécessité de mettre en place des plans de contingence communaux et départementaux, mais rien n’a été fait », déplore Amadou Fall dit Canar Diop, expert en réduction des risques et gestion des catastrophes.
Un manque de préparation pointé
L’expert rappelle que dès mai dernier, Agrhymet avait lancé une alerte sur les risques d’inondations et de crues. Malgré cela, aucune planification sérieuse n’a été effectuée. « La catastrophe n’est pas une fatalité, il faut la prévenir et s’y préparer pour l’éviter », insiste-t-il.
Selon lui, les plans de contingence, qu’ils soient communaux, intercommunaux ou départementaux, doivent prévoir :
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l’identification des zones vulnérables et des populations à risque,
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le recensement des habitations et infrastructures menacées,
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le prépositionnement de moyens logistiques (sacs de sable, tentes, engins),
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la désignation claire des responsabilités (« qui fait quoi, où, quand et comment »),
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ainsi que le financement partagé entre État, collectivités et partenaires techniques.
Crue du fleuve Sénégal : une bombe à retardement
Au-delà des pluies locales, l’expert alerte sur les conséquences des fortes précipitations enregistrées en Guinée et au Mali, qui alimentent le fleuve Sénégal et son affluent la Falémé. « L’onde de crue, si elle n’est pas anticipée, risque d’engloutir des villages entiers, détruire les cultures, anéantir le bétail et basculer des milliers de riverains dans l’extrême pauvreté », prévient Amadou Fall Diop.
Il appelle notamment la Direction de la Protection Civile (DPC) à traduire les alertes précoces en actions concrètes : recensement des populations menacées, choix de sites de recasement, mise en place de tentes d’accueil, et surtout évacuation préventive des zones les plus exposées.
« Agir avant qu’il ne soit trop tard »
« Durant les catastrophes, les premières réponses sont communautaires. Mais sans coordination et sans moyens, les populations restent seules face au danger », déclare l’expert, qui regrette l’absence d’anticipation de la part des autorités.
Alors que le Sénégal entre dans la période la plus critique de l’hivernage, il appelle à agir maintenant, afin d’éviter que l’histoire ne se répète à chaque saison des pluies.