Assainissement en Afrique de l’Ouest : Une plateforme des directions nationales comme dynamique de coopération Sud-Sud portée depuis Dakar

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Dakar, Sénégal. Du 10 au 12 juillet 2025, la capitale sénégalaise a accueilli une rencontre régionale majeure réunissant les représentants des directions nationales de l’assainissement de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. L’objectif : renforcer la coopération Sud-Sud, mutualiser les expériences, et impulser une dynamique régionale pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) en matière d’assainissement et d’hygiène d’ici 2030.

Cette rencontre, organisée sous la présidence de la plateforme des Directions en charge de l’assainissement de l’Afrique de l’Ouest, a vu la participation de délégations venues de Côte d’Ivoire, du Niger, du Mali, du Burkina Faso, de la Mauritanie et bien sûr du pays hôte, le Sénégal.

Une mobilisation politique forte pour une cause commune

La session d’ouverture a été marquée par l’intervention de Madame Adjoua  Bragori EPSE Yokolly, Directrice de l’assainissement en milieu rural de la Côte d’Ivoire. Elle a salué l’accueil du Président de la République du Sénégal ainsi que l’engagement du ministère sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, tout en insistant sur l’importance de cette plateforme de travail et de dialogue.

« Nos pays partagent des réalités similaires en matière d’accès à l’assainissement de base et amélioré. Bien que tous engagés pour les ODD, nous sommes encore loin de leur réalisation à cinq ans de l’échéance de 2030. D’où l’urgence de mutualiser nos efforts », a-t-elle déclaré.

Mme Bragori Yokollya souligné le choix stratégique de renforcer la coopération Sud-Sud, plus adaptée aux réalités africaines que les traditionnelles coopérations Sud-Nord. Elle a aussi mis en lumière le rôle moteur du Sénégal :

« Le Sénégal est en avance, notamment dans la mobilisation de financements. Nous avons beaucoup appris de lui, et nous souhaitons à notre tour partager ces leçons avec d’autres pays. »

L’assainissement, au croisement des enjeux de santé, d’équité et d’environnement

La parole a ensuite été donnée à Madame Yaye Sophiatou Djop, directrice du partenariat pour le développement à Speak Up Africa, une organisation engagée dans le plaidoyer pour un accès équitable à l’assainissement.

« L’assainissement n’est pas qu’une question d’infrastructure. C’est une question de dignité, de santé publique, d’éducation, d’environnement, mais aussi d’équité, en particulier pour les femmes. »

Elle a salué l’engagement politique du Sénégal, qu’elle qualifie de leader régional, et a rappelé que cette rencontre faisait suite à plusieurs discussions régionales, notamment à Kampala et en Côte d’Ivoire, ainsi qu’aux résolutions prises lors du 21e Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement.

« Grâce au plan d’action qui sera adopté, nous, en tant que partenaires, croyons fermement que les ODD sont à portée de main, ou du moins, à quelques pas. »

Le Sénégal, moteur d’une vision régionale partagée

Représentant le pays hôte, le Secrétaire Général du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement du Sénégal a rappelé l’importance du leadership sénégalais dans les dynamiques internationales. Il a évoqué notamment l’organisation du 9e Forum mondial de l’eau en 2022, le rôle du Sénégal dans le Conseil des ministres africains de l’eau (AMCOW), et la désignation du pays pour accueillir la prochaine Conférence des Nations Unies sur l’eau.

« L’eau et l’assainissement sont indissociables. Aucun pays ne peut avancer seul. Même si la Côte d’Ivoire, le Niger ou le Sénégal progressent, l’interdépendance est telle qu’il est nécessaire d’avancer ensemble. »

Il a insisté sur la volonté du Sénégal d’institutionnaliser cette coopération régionale, en instaurant des rencontres régulières, au moins une à deux fois par an, en présentiel ou à distance.

« Cette initiative sera portée dans le cadre de la présidence sénégalaise de l’AMCOW, avec un plaidoyer régional fort en matière d’eau et d’assainissement. »

Vers une industrie de l’assainissement ?

Enfin, les échanges ont souligné une vision innovante : l’assainissement comme levier économique. Au-delà des subventions et aides internationales, les participants ont insisté sur la nécessité de développer une véritable industrie de l’assainissement, génératrice de valeur et d’emplois.

« L’objectif, c’est que l’assainissement puisse, à terme, se financer lui-même », a expliqué un représentant du ministère sénégalais. Il a cité les projets en cours, tels que le traitement des boues de vidange, comme exemples concrets de valorisation.

Face à la raréfaction des ressources financières, il est apparu évident que de nouvelles stratégies doivent être inventées, en combinant innovation, mutualisation des efforts et partenariats publics-privés.

Conclusion : une coopération régionale qui s’ancre dans le concret

Cette rencontre régionale a démontré la volonté commune des États ouest-africains de ne plus agir en ordre dispersé, mais de construire une réponse régionale coordonnée aux enjeux de l’assainissement. Si les défis sont nombreux, financement, accès universel, durabilité, les participants repartent avec une feuille de route commune, ancrée dans le réalisme, la solidarité et l’action.

« Chaque pays doit faire sa part, mais il est temps que nous apprenions à compter sur nous-mêmes, tout en apprenant des autres », a conclu Madame Adjoua Bragori EPSE Yokolly

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