Mines au Sénégal : un audit révèle des failles massives dans la gestion des titres

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Ziguinchor, 24 septembre 2025 – La gestion des titres miniers au Sénégal a longtemps souffert de graves irrégularités administratives. C’est le constat dressé par le comité d’audit mis en place par le ministère des Mines, dont les conclusions ont été présentées lors d’une rencontre régionale à Ziguinchor.

Selon le rapport, la majorité des dossiers de demande et de renouvellement de titres étaient incomplets, mal instruits ou délivrés en violation des procédures légales.

Des chiffres alarmants

L’audit administratif révèle que 94 % des dossiers déposés étaient non conformes à la loi. Seuls 6 % respectaient les prescriptions légales. Lors des premières commissions d’examen, le constat était édifiant : sur 61 dossiers instruits, seulement 5 ont été jugés recevables. À la deuxième commission, sur 477 dossiers examinés, aucun n’a été validé.

Il a fallu attendre la huitième commission pour constater une amélioration : 66,7 % des dossiers étaient enfin recevables, signe d’une meilleure prise de conscience des opérateurs.

Des pratiques irrégulières

Le comité a mis au jour plus de 212 titres miniers délivrés « sous réserve », une notion absente du Code minier. Ces autorisations provisoires avaient été accordées à des entreprises dont les dossiers étaient incomplets, sans paiement des droits exigibles. Certaines compagnies ont exploité et exporté sans s’acquitter d’aucune obligation financière.

Par ailleurs, un audit physique mené pendant cinq mois sur l’ensemble du territoire a recensé 828 sites miniers, dont 228 clandestins. Dans le seul pôle Sud, 68 sites sur 79 visités opéraient sans autorisation régulière.

Responsabilités administratives pointées

Les irrégularités ne relèvent pas seulement des entreprises minières. L’audit met aussi en cause certains cadres de l’administration, accusés de manquements graves au respect de la loi et de leur serment de loyauté envers l’État et les citoyens.

« On a délivré des titres à des opérateurs avec des dossiers vides, sans respect des obligations légales », a reconnu le Ministre de l’Energie.

Sécurité et environnement en jeu

Au-delà des questions administratives, les conséquences de cette mauvaise gouvernance minière sont lourdes. Les carrières non réhabilitées créent des cratères dangereux pour les populations. Des accidents mortels ont déjà été enregistrés, notamment des chutes de véhicules et des noyades d’enfants pendant l’hivernage.

Le ministère rappelle que les opérateurs ont l’obligation de déposer des rapports trimestriels et annuels, de respecter les normes de sécurité des travailleurs, de protéger l’environnement et de contribuer au développement local.

Vers une nouvelle gouvernance minière

Face à ces dérives, les autorités annoncent une nouvelle ère de rigueur. Désormais, toute demande de titre sera examinée par un collège de 20 experts indépendants (juristes, administratifs, spécialistes miniers), dans le respect strict des dispositions légales.

Le ministère prévoit également d’organiser des journées portes ouvertes pour informer les opérateurs sur leurs obligations et sensibiliser les communautés locales.

« Nous avons une administration qui n’est plus permissive. L’objectif est clair : faire respecter la loi et bâtir une gouvernance minière transparente, au service des générations futures », a conclu le ministre.

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