La POSCEAS lance le « Livre bleu II », un outil de plaidoyer et évalue les engagements du Sénégal à l’approche de 2030

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Quinze ans après la publication de la première édition, la société civile sénégalaise a présenté le Livre bleu II, un rapport stratégique consacré à l’évaluation des politiques publiques dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Porté par la Plateforme d’urgence de la société civile, en collaboration avec le Secrétariat international de l’eau, ce document vise à mesurer le niveau réel des engagements de l’État et à renforcer la redevabilité publique, à quelques années de l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD).
Coordonnateur de la POSCEAS, Abdoul Aziz Faye rappelle que « le Livre bleu est une initiative du Secrétariat international de l’eau et de son comité technique, destinée à permettre à la société civile de mesurer le niveau d’engagement des États et de disposer d’un véritable outil d’alerte et de plaidoyer ». Selon lui, la publication d’une deuxième édition était devenue indispensable. « Le premier Livre bleu du Sénégal date de 2009. Quinze ans plus tard, il était nécessaire de faire le point sur les engagements pris, les recommandations formulées et ce qui a réellement été mis en œuvre entre 2009 et 2025 », explique-t-il.
Le Livre bleu II s’inscrit dans un contexte de fortes tensions sur le secteur de l’eau et de l’assainissement. « Nous sommes dans un contexte de crise, car l’eau et l’assainissement restent des services sociaux de base auxquels toutes les populations doivent avoir accès », souligne Andrés Israël. Il relève toutefois l’existence de disparités persistantes, notamment entre les zones urbaines et rurales. « Aujourd’hui, nous constatons encore de profondes inégalités territoriales, surtout au niveau des communautés rurales », déplore-t-il.
Le rapport repose sur une démarche participative, avec l’organisation d’ateliers régionaux à travers le pays. « Nous avons d’abord fait l’état des lieux de la situation nationale, avant d’analyser les projets réalisés depuis 2010 et d’identifier les principaux défis du secteur », précise le coordonnateur.
Parmi les enseignements majeurs du Livre bleu II, la question de la gouvernance arrive en tête. « Le principal défi aujourd’hui reste la gouvernance du secteur, marquée par la multiplicité des acteurs, ce qui complique la coordination et nuit à l’efficacité des interventions », affirme Andrés Israël. À cela s’ajoute la problématique du financement. « Les dysfonctionnements dans le financement du secteur freinent l’atteinte des droits des populations à l’eau et à l’assainissement », note-t-il.
Le document met également en avant le rôle déterminant des collectivités territoriales. « Même si l’eau n’est pas une compétence officiellement transférée, les collectivités locales jouent un rôle central, notamment en milieu rural, à travers leurs investissements et leur proximité avec les populations », souligne-t-il.
À quatre ans de l’échéance de 2030, le Livre bleu II se veut un outil d’aide à la décision pour les autorités. « Les recommandations formulées sont factuelles et peuvent être traduites en stratégies d’action concrètes », indique Andrés Israël. Il avertit toutefois : « Au regard de la situation actuelle, personne ne peut garantir que l’ODD 6 sera atteint à 100 %. Il faut donc redoubler d’efforts, notamment en matière de financement ».
Selon lui, le document renforce la redevabilité publique. « Tant que les engagements sont écrits et documentés, il est possible d’évaluer ce qui a été respecté ou non. Le Livre bleu est à la fois un outil de redevabilité, d’alerte et d’aide à la décision », insiste-t-il.
Le Livre bleu II du Sénégal est présenté dans le cadre des préparatifs de la Conférence des Nations unies sur l’eau prévue en 2026. « Cette présentation n’est pas fortuite. Elle permettra de socialiser le document et de faire de cette rencontre un point de départ pour une relance de la quête de l’accès universel à l’eau et à l’assainissement », explique le coordonnateur.
Soutenu par plusieurs partenaires techniques et financiers, dont Speak Up Africa, WaterAid, la Coalition Eau et le PSO, le processus a bénéficié d’un accompagnement déterminant. « Leur appui a été essentiel pour que ce document voie le jour », reconnaît Aziz Faye
Pour lui, le Sénégal peut servir de référence régionale. « Comparé à plusieurs pays de la sous-région, le Sénégal affiche des taux d’accès relativement meilleurs, même si des efforts importants restent à faire pour garantir un accès universel et sécurisé », conclut-il.

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