Yaoundé (Cameroun) .En marge du Congrès africain de l’eau et de l’assainissement tenu à Yaoundé, les acteurs du sous-secteur de l’assainissement non collectif ont dressé un bilan particulièrement positif de la participation africaine et surtout de l’expérience sénégalaise, aujourd’hui considérée comme une référence sur le continent.
Dans une interview accordée à la presse, le président de l’Association panafricaine des Acteurs de l’Assainissement a salué l’importance stratégique de ce congrès, qualifié de « congrès de la croissance », qui a permis aux acteurs du secteur de mieux faire connaître leurs actions et leurs ambitions.
« Ce congrès nous a offert une tribune exceptionnelle pour montrer qui nous sommes et ce que nous faisons. Il a permis de placer l’assainissement non collectif au cœur des débats africains », a-t-il déclaré.
Une reconnaissance historique de l’assainissement non collectif
Fait marquant de cette édition, la toute première plénière du congrès a été consacrée à l’assainissement non collectif, une avancée majeure pour un secteur longtemps marginalisé.
Le président de l’association a tenu à remercier le Directeur exécutif de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement, M. Olivier Bouche, pour avoir permis cette reconnaissance officielle.
« Depuis la création de l’Association, c’est la première fois qu’une plénière est consacrée à l’assainissement non collectif. C’est une reconnaissance de son rôle clé dans le développement durable du continent », a-t-il souligné.
L’assainissement, un enjeu sanitaire, écologique et climatique
Selon les experts réunis à Yaoundé, de nombreux pays africains restent très en retard dans le domaine de l’assainissement, avec de lourdes conséquences sur la santé publique, l’environnement et le climat.
« Dans certains pays, l’assainissement est quasiment inexistant. C’est un désastre sanitaire, écologique et climatique », a-t-il alerté.
Face aux coûts très élevés de l’assainissement collectif, jugé difficilement soutenable pour la plupart des États africains, l’assainissement autonome apparaît comme une solution plus réaliste et économiquement viable.
« L’assainissement collectif coûte extrêmement cher et nos États peinent à l’entretenir. L’assainissement autonome, avec des fosses septiques et des stations de traitement locales, est beaucoup moins coûteux et plus adapté à nos réalités urbaines », a-t-il expliqué.
Vers un fonds africain pour l’assainissement
Une initiative innovante a été proposée lors du congrès : la création d’un fonds africain pour soutenir l’installation de stations de traitement autonomes, le déploiement de camions de vidange et la construction de toilettes publiques.
Le projet, porté notamment par une experte africaine, Mme Pame Sengokyo, prévoit une compétition entre municipalités, avec à la clé des équipements complets pour les collectivités gagnantes.
« Ce seront des fonds africains, gérés par des Africains et pour les Africains. C’est ainsi que nous pourrons changer durablement la situation », a-t-il insisté.
Le modèle sénégalais fait école
Le Sénégal a particulièrement retenu l’attention des délégations présentes grâce à son programme de renouvellement du parc de camions de vidange, soutenu par l’État à travers un fonds de garantie permettant aux vidangeurs d’accéder à des crédits bancaires à des conditions avantageuses.
Grâce à ce mécanisme, plus de 40 entreprises sénégalaises de vidange ont pu acquérir des camions neufs avec seulement 10 % d’apport personnel et un remboursement étalé sur cinq ans.
« Le Sénégal a montré que c’est possible. Les présidents d’associations de 31 pays sont repartis avec ce modèle pour le présenter à leurs gouvernements », a-t-il indiqué.
Une association désormais présente dans 31 pays
Sur le plan institutionnel, l’Assemblée générale de l’Association africaine des vidangeurs, tenue en marge du congrès, a été marquée par plusieurs avancées :
la révision des statuts, la régularisation des commissaires aux comptes et l’adhésion de six nouveaux pays, portant le nombre total de membres à 31 pays africains.
Dakar, futur hub africain de l’assainissement
Le Sénégal entend désormais consolider son leadership. Le pays dispose aujourd’hui de plus d’une vingtaine de stations de traitement de boues de vidange, d’un parc de camions en cours de modernisation et d’un ambitieux programme de déploiement de toilettes, y compris des toilettes mobiles dans les quartiers de Dakar.
« D’ici 2028, nous aurons encore plus de camions, plus de stations et plus de toilettes. Ceux qui viendront visiter le système d’assainissement du Sénégal ne seront pas déçus », a conclu le président.

