Réunis en webinaire le 24 mars 2026 à l’initiative du RAM-WASH, des experts africains du secteur de l’eau et de l’assainissement ont dressé un état des lieux préoccupant de l’accès à l’eau sur le continent. Entre diagnostic sans complaisance, propositions concrètes et plaidoyer pour une gouvernance inclusive, les échanges ont mis en lumière l’urgence d’agir.
L’eau, un enjeu vital au cœur des préoccupations
Organisé autour du thème « L’eau, source d’égalité : défis et solutions en Afrique », le webinaire du Réseau africain des médias pour le WASH (RAM-WASH) a réuni plus d’une centaine de participants issus de plusieurs pays du continent.
Objectif : sensibiliser les populations et les décideurs, tout en identifiant des solutions durables face aux défis persistants liés à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement.
Dès l’ouverture, le président du RAM-WASH, Moussa Thiam, a rappelé l’importance stratégique de cette ressource :
« Même les plus forts dépendent de l’eau. »
Un message fort, invitant à une prise de conscience collective face à cet enjeu vital.
Un diagnostic alarmant de la situation en Afrique
Le constat posé par les intervenants est sans équivoque.
Le Directeur exécutif de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement, François Olivier Gosso, a souligné l’ampleur du défi :
« 400 millions de personnes manquent d’eau en Afrique et 2,1 milliards dans le monde. »
Au-delà des chiffres, il a insisté sur plusieurs leviers d’action portés par l’AAEA :
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formation continue intégrant la dimension genre,
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promotion des femmes et des jeunes dans le secteur,
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renforcement des capacités à l’échelle continentale.
Il a également alerté sur le déficit de financement :
« Pour atteindre les ODD, il faudrait mobiliser 114 milliards de dollars, alors que les ressources actuelles restent largement insuffisantes. »
Dans un contexte marqué par une croissance démographique soutenue, estimée à 2,7 % par an, l’accélération des investissements apparaît indispensable.
Des solutions concrètes pour un accès durable
Les échanges ont ensuite porté sur des solutions opérationnelles.
Depuis l’Ouganda, la Dr Irène Nasubuga, Directrice qualité de l’eau à la National Water and Sewerage Corporation, a plaidé pour :
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un engagement renforcé des États,
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le respect des normes de qualité,
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et l’extension des réseaux d’eau potable en milieu rural.
De son côté, le Dr Mbaye Mbeguere, expert en assainissement, a appelé à un changement de paradigme :
« Il faut dépasser la logique d’accès pour aller vers un service durable, basé sur la continuité et la proximité. »
Une approche inclusive au cœur des solutions
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’une gouvernance plus inclusive.
Aimé Loukou, Directeur général d’OMILAYE au Bénin, et Diarra Sow, Directrice générale de l’OLAC au Sénégal, ont mis en avant :
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les mécanismes de financement pro-pauvres,
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le développement des branchements sociaux,
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et une gouvernance participative.
« Le problème de l’eau n’est plus seulement hydrologique. Il touche désormais la santé, l’éducation et l’économie », a rappelé Aimé Loukou.
Dans la même dynamique, Yasmina Zongo, spécialiste plaidoyer à NIYEL Sénégal, a souligné le rôle central des femmes :
« Là où l’eau est maîtrisée, les inégalités s’effacent. »
Vers une nouvelle approche du secteur de l’eau
Au fil des discussions, un consensus s’est dégagé :
la problématique de l’eau en Afrique dépasse désormais la simple question des infrastructures.
Elle nécessite une approche globale intégrant :
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gouvernance,
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financement,
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inclusion sociale,
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innovation,
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et adaptation au changement climatique.
Un défi majeur, mais une opportunité pour l’avenir
Ce webinaire du RAM-WASH aura permis de rappeler une réalité essentielle :
garantir l’accès à l’eau en Afrique demeure l’un des défis majeurs du développement.
Mais c’est aussi l’un des leviers les plus puissants pour construire :
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des sociétés plus justes,
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des économies plus résilientes,
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et un avenir durable pour tous.